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EXTRAIT-CHADASH

Chapitre VI

Joras s’extirpa du véhicule avec nonchalance. Une rafale de vent frais l’accueillit de plein fouet.

Sa valise en main, il hâta le pas vers sa demeure en ajustant son blazer sur son corps svelte.

Le vent continuait sa ronde folle. Il passait avec son cri de lassitude, affolant tout sur son passage. 

Après plus de six mois d’absence, il était de retour à Lunéville. 

Il n’avait guère informé Kehila de son arrivée. Il avait jugé bon de lui faire une surprise, qu’il espérait au goût de sa femme. 

Peu de temps après, il longeait le carrelage froid menant à l’entrée de l’immeuble. La grande bâtisse d’un blanc rosé baignait dans une atmosphère mélancolique.

Une lourde appréhension lui enserrait la poitrine. L’étreinte était aussi déroutante que surprenante.

Il inspira un grand bol d’air puis, pénétra à l’intérieur. Un silence de plomb l’accueillit, accompagné d’une odeur agréable : celle du papier jauni et des livres qui ornaient les étagères de la mini bibliothèque. Tout semblait parfaitement ordonné dans la salle de séjour. On eût dit qu’il n’avait jamais quitté les lieux.

Un tour rapide de la propriété lui fit constater l’absence de Kehila. Il ravala sa déception. Il ne lui restait plus qu’à défaire ses valises en attendant patiemment le retour de sa femme.

Joras espérait qu’elle éprouverait autant d’empressement envers lui qu’il en avait rêvé depuis son départ.

Pas un seul jour ne s’était passé sans que le souvenir de Kehila ne s’impose à lui. Elle lui avait atrocement manqué.


Il ne se souvenait guère du nombre de fois où l’envie d’entendre la voix de son épouse avait pressé son cœur d’homme épris. Cependant, il avait dû l’occulter, sachant qu’il n’aurait pu résister au désir du retour après une douce conversation.

Joras se dirigea vers la luxueuse penderie en verre qui décorait leur chambre à coucher. Les vêtements de Kehila étaient pliés sur les étagères du dressing.

Il ne put résister à l’envie d’effleurer du bout des doigts les toilettes de sa bien-aimée. Ses mains se baladèrent sur chaque morceau de tissu. 

Il porta le velours d’une robe à ses narines. Le doux parfum d’héliotrope qu’affectionnait sa femme l’enveloppa aussitôt, le plongeant dans une flopée de délicieux souvenirs.

Le bruit brusque que fit la porte d’entrée le tira de ses rêveries. 

Il remit la toilette en place et se dirigea avec empressement vers le séjour.

Kehila se tenait sur le seuil de la porte. A sa vue, elle tressaillit et ses grands yeux sombres s’écarquillèrent d’étonnement.

Un moment de silence ensuivit. Aucun d’eux n’osait prendre la parole en premier. 

La gorge nouée par l’émotion, il parcourut son épouse du regard. Elle était aussi belle que dans ses souvenirs. Un épais manteau de velours rouge enveloppait sa silhouette fine et gracieuse. Ses prunelles sombres donnaient à sa physionomie une expression singulièrement intelligente.  Une envie folle de l’étreindre se saisit de lui.  

–  Je … tu … quand es-tu rentré ? lui demanda-t-elle. 

Le frémissement de sa voix ne lui échappa guère, chose qu’il attribua à L’émotion du moment. 

– A l’instant, répondit-il calmement tandis que ses yeux continuaient leur excursion sur l’objet de sa dévotion.

Il avait longuement imaginé la scène de leurs retrouvailles. Mais, tout était si loin de ses espérances. De bien trop grandes espérances …

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